Achevé en 1896, le bâtiment principal de l’Union Nautique est remarquable par sa terrasse surélevée qui donne sur la Saône et fait face à la pointe amont de l’Île-Barbe.

Ici, la Saône se resserre entre le plateau de la Dombes et les Monts d’Or. Les antiques  bâtiments de l’abbaye de l’Île-Barbe s’échelonnent au gré des terrasses rocheuses. C’est un lieu de légendes habité dès l’Âge du Bronze.

Au Ve siècle, des ermites influencés par le monastère des îles de Lérins et des disciples de saint Martin y créèrent une des premières communautés monastiques de Gaule. L’abbaye accueillit une bibliothèque et un scriptorium carolingiens. Fresques et sculptures témoignent encore de la splendeur de ce que furent les bâtiments abbatiaux. L’abbé et son chapitre prenaient place parmi les  puissances locales et obtenaient des privilèges du pape, de l’empereur romain-germanique ou du roi de France. Jusqu’au XVIIe siècle, ce fut un centre de rayonnement spirituel et un but de pèlerinage renommé. On venait en bateau depuis Lyon pour participer aux pèlerinages. Des cortèges somptueux se formaient sur la Saône à l’occasion de la fête des Merveilles ou des fêtes de la Vierge, notamment le jour de l’Assomption. Les foules se pressaient à l’Eglise Notre-Dame et, le soir, sur le Pré de l’île,  des réjouissances « plus libres » succédaient à la ferveur religieuse.

L’abbaye laïcisée, puis fermée au XVIIIe, est devenue, après la Révolution, un ensemble résidentiel privé. Avec son aura romantique, l’île est restée un point d’attraction du Val de Saône. Au XIXe, cette portion du Val de Saône a vu l’éclosion du canotage et des premières régates, avant que ne s’y développe un spot d’aviron mondialement reconnu ! L’Île-Barbe a vu aussi l’éclosion de l’école lyonnaise de peinture du paysage, l’instauration d’une république autonome et l’installation d’un restaurant étoilé…

L’AUNL profite donc d’une vue exceptionnelle sur les constructions de l’île. Face au bâtiment principal, le prieuré Saint-André-Sainte-Anne, fut sans doute le premier lieu de culte de l’île. On y adorait des reliques mémorables comme le corps de Sainte-Anne (mère de la Sainte Vierge), le Saint Graal (vase qui aurait recueilli le sang du Christ), la tête de Saint-Florentin, ou encore, celle de Longin, le légionnaire romain qui aurait percé le flanc du Christ. Les constructions actuelles gardent traces d’un monument funéraire du Ve siècle transformé progressivement en église de pèlerinage et flanqué du logis d’un prieur. On y a découvert récemment plusieurs sarcophages et sépultures mérovingiennes.

Juste en aval du prieuré, perché sur la plus haute terrasse de l’île, la forteresse du Chatelard aurait été fondée par l’évêque Leidrade envoyé de Charlemagne. Dernier refuge des moines, elle accueillait un scriptorium, une bibliothèque et une école de chantres. Formant l’aile sud du bâtiment, la  chapelle du XIIe abrite des fresques d’inspiration byzantine. Au centre de la façade, le logis principal date du XIVe siècle.

Face au débouché de la montée Castellane, l’élégant clocher de pierres dorées est celui de l’église Notre-Dame, une église de pèlerinage qui abritait une statue miraculeuse de la Vierge et qui, jusqu’au XVIIe siècle, était plus célèbre que Fourvière. Le clocher date du XIIe siècle et s’appuie sur une abside circulaire où l’on a retrouvé des fresques de la même époque. La nef effondrée est longée au nord par une galerie de cloître qui servait de lieu d’accueil aux pèlerins. Comme le clocher, elle est actuellement en réfection. En 1630, les reines Anne d’Autriche et Catherine de Médicis y vinrent remercier la Vierge de la guérison de Louis XIII.

La maison attenante à l’Eglise Notre-Dame était la maison du Sacristain. Elle a été profondément remaniée au XIXe siècle. Le Sacristain réglait les cérémonies de l’église Notre-Dame, accueillait les pèlerins et touchait les péages  des bacs qui desservaient l’île.

A l’ouest, regardant vers Vaise, le Pré de l’île est une pointe alluviale parfois submergée par les crues. Situé en dehors des murailles de l’abbaye, c’est resté un lieu de divertissement ouvert à tous et, en été, il accueille des concerts. Sur sa pointe, s’appuie le premier pont suspendu construit à Lyon (1827) selon un procédé conçu par les frères Seguin.

En arrière, on aperçoit d’autres bâtiments remarquables comme la Prévôté (XVIIe siècle) ou la Dixmerie (reconstruite au XIXe) ou encore, la maison de l’Abbé et l’Hostellerie qui accueille un restaurant étoilé. Les ruines de la grande église abbatiale, reconstruite sous Charlemagne et détruite après la Révolution, se trouvent sur l’autre berge de l’île, celle qui fait face à Saint-Rambert.